尋找威利!

Malgré les événements du 7 au 9 janvier 2015 en France qui ont été très présents dans l’actualité, d’autres événements où l’Histoire a pu poser son empreinte méritent notre attention. Le premier mars 2014 s’est produit dans la gare de Kunming dans le Yunnan en Chine un attentat à l’arme blanche causant la mort de 29 civils et de plus de 140 blessés. Aujourd’hui, cet attentat a été attribué à un groupe séparatiste ouïghour. Cependant, les représentations fournies par les médias français les jours qui suivirent l’attentat méritent notre attention afin de discuter la construction de cet événement tragique ainsi que sa mise en scène dans la presse française. De même, cela peut nous permettre de mettre en perspective le traitement fait à l’actualité liée à Charlie Hebdo.

Les attentats de la Gare de Kunming, analyse du traitement médiatique de ce « Charlie » chinois

Afin de réaliser cet exercice, nous allons donc nous concentrer sur les deux journaux français que sont Le Monde et Le Figaro. Cependant, nous pouvons noter que les reconstructions offertes par ces deux médias sont différentes. Nous pouvons donc nous demander comment cet événement médiatique a été construit par ces journaux et quels ont été les objectifs de ces constructions ? Afin de répondre à cela, nous analyserons un article du Monde écrit par Brice Pedroletti et un article du Figaro écrit par Patrick Saint-Paul. Tous deux ont été publiés le 2 et le 3 mars 2014, faisant ainsi d’eux les premiers articles d’e fond sur le sujet.

 Un événement, deux articles, deux traitements

Avant d’aborder clairement le contenu de l’article, il convient de s’interroger sur les titres de chacun des article. Ainsi, la première différence que l’on peut noter est que le Monde concentre son point de vu du coté des victimes en parlant de la Chine tandis que Le Figaro met l’accent sur les acteurs de l’attentat. De même, Le Monde accentue le coté émotionnelle en évoquant un massacre tandis que Le Figaro se contente de rapporter une donnée chiffrée. Cela nous pousse à nous interroger sur l’importance que les journaux considèrent à cet événement. De même, le vocabulaire utilisé par Le Figaro nous pousse à la distance tandis que Le Monde cherche à créer de l’empathie.

Ainsi donc les deux articles abordent une structure radicalement différente afin de rendre compte de cet événement médiatique. Si la première partie de l’article du Monde est descriptive : exposition des chiffres, témoignage et état de la blogosphère chinoise, le Figaro, d’emblée, évoque la cause : des séparatistes ouïghours. Cependant dans les deux cas, il n’est pas énoncé clairement qu’il s’agit de séparatistes. Les deux journaux en effet énoncent à chaque fois que c’est le pouvoir politique qui attribue la cause à des terroristes. De même, les journaux occidentaux dont font parti Le Monde et Le Figaro ont été critiqués pour avoir utilisé les guillemets lorsqu’il s’agissait de définir les agissants (la critique met en avant un double standard occidental « terroriste en occident – Résistant autre part »). Implicitement, les deux journaux remettent en cause le gouvernement chinois. Le Monde va jusqu’à décrédibiliser ce dernier en énonçant que l’attentat sert « la rhétorique officielle qui a toujours été d’attribuer à des terroristes fondamentalistes tout incident au XinJiang ». Dans ce cas précis, Le Figaro reste plus neutre en énonçant que « Pékin dénonce régulièrement la présence […] de groupes djihadistes ». Ainsi donc, nous remarquons les journaux abordent l’événement de manière différente : Le Monde met l’accent sur l’empathie en usant de termes forts comme « massacre » et mettant l’accent sur des données qualitatives : témoignages et histoire de survivants. Le Figaro quant à lui consacre très peu de texte à l’événement et ne présente que peu de descriptions.

Cependant l’articulation des titres et du contenu nous pousse à penser que les journaux le mettent en scène de manières différentes afin de servir des objectifs différents. Le Monde met en avant les relations tumultueuses entre la Chine et la population Ouïghour tandis que Le Figaro oriente son discours sur la lutte contre le terrorisme. Les deux cependant partage une critique faite à l’encontre du pouvoir politique chinois.

Ainsi, l’article du Monde écrit par Brice Pedroletti place la population Ouïghour et ses relations avec les Hans, ethnie majoritaire en Chine, au cœur de son article. Ainsi, le journal a construit l’événement de sorte à ce que l’on discute non pas de l’événement en lui-même, mais bien des relations difficiles entre le gouvernement et l’ethnie Ouïghour. C’est pourquoi l’article cherche à décrédibiliser la thèse de l’attaque terroriste par l’utilisation des guillemets. De plus, il questionne la probabilité que cela soit avéré lorsqu’il énonce que les possibles terroristes proviennent du XinJiang « à plus de 1500 kilomètres de Kunming ». Ici, l’auteur cherche à partager ses doutes concernant l’attribution de l’attentat par le gouvernement chinois. En même temps, il nous rappelle l’existence d’une discrimination faite aux Ouïghours : « le gouvernement chinois […] largement acquis à la circonscription Han » et que ceux-ci avaient chercher à se faire entendre. Lorsque l’auteur évoque l’immolation d’une famille Ouïghour à Pékin, il crée dans notre imaginaire des points de similarités avec la situation du Tibet et des gestes symboliques forts comme l’immolation des moines tibétains. L’objectif ici est de créer une forme de sympathie à l’égard des Ouïghours grâce à la confusion que le lecteur peut faire entre population Tibétaine et Ouïghour. Dès lors, l’auteur évoque la situation difficile du XinJiang. Nous avons relevé deux objectifs à cela : 1) il cherche à ce que le lecteur assimile que ce territoire ne devrait pas être rattaché à la Chine et 2) Les mesures du gouvernement contre le terrorisme sont inefficaces et leur remise en cause par les internautes chinois. Enfin, l’article conclut sur l’impossibilité de comprendre pourquoi la gare de Kunming fut choisie comme lieu de l’attentat. Malgré la proposition de réponse avancée, l’auteur choisit d’ouvrir la conclusion de l’article sur une possible théorie du complot en relation avec un autre événement étouffé par le gouvernement chinois. Ainsi, l’événement est conçu médiatiquement par Le Monde de sorte à ce que le lecteur oriente ses questions et son jugement directement sur le gouvernement et sa mise en cause. L’objectif de l’article est de mettre en cause la politique du gouvernement chinois au XinJiang et évacue le drame humain.

Contrairement au Monde, les objectifs de l’article écrit par Patrick Saint-Paul pour Le Figaro vont être tout autre. En effet, premièrement, le journal remet, à l’instar du Monde, en cause la légitimité du gouvernement chinois au XinJiang et secondement, l’événement est ici construit de sorte à ce que le lecteur oriente son regard sur le risque terroriste issu de groupes djihadistes. Comme énoncé, l’événement construit par le Figaro permet d’ouvrir sur deux sujets connexes. Ainsi, cela permet à l’auteur d’aborder la politique jugée répressive de Pékin sur la minorité Ouïghour et le terrorisme. Tout comme le Monde le fit, nous trouvons ici un rappel des faits mais aussi une mise en avant des relations entre le pouvoir central et l’ethnie. On peut aussi supposer que l’auteur explique les comportements violents et de haines par la façon dont l’ethnie est traitée. Cependant, il fait aussi intervenir des entretiens, comme celui du chercheur Shan Wei, qui semblent soutenir la politique menée mais reste compréhensif de l’ethnie. Le Figaro semble tout de même adhérer à la théorie officielle comme quoi ce furent bien des séparatistes Ouïghours qui auraient agis. Ainsi, le journaliste rapporte des entretiens évoquant un ensemble de preuves compromettant les séparatistes. Contrairement à Pedroletti, Saint-Paul évacue l’événement pour évoquer sa cause dans un contexte de terrorisme à l’échelle internationale. Si Le Monde suspectait un possible étouffement de l’affaire, Le Figaro consacre la fin de son article à développer sur le terrorisme djihadiste en Chine. En effet, cet événement a permis à l’auteur d’évoquer les possibles liens entre les séparatistes Ouïghours et l’ETIM, groupe affilié à al-Qaida et revendiquant l’indépendance du Turkestan oriental, ancien nom du XinJiang. Dès lors, Le Figaro ouvre et oriente les pistes de l’origine de l’attentat vers ce groupuscule islamiste. Les objectifs que nous relevons ici sont multiples. Premièrement, l’article rappelle que les actes terroristes d’extrémistes sont présents aussi en Chine, que deuxièmement ils sont liés à al-Qaida et enfin, dernièrement, cela permet au lecteur français occidental, grâce au champ lexical utilisé, de situer ce terrorisme dans des cadres connus. Ainsi donc, à l’instar du Monde, l’article du Figaro construit l’événement de manière à critiquer la politique gouvernementale chinoise mais contrairement au premier, celui-ci à pour objectif d’attaquer le terrorisme islamiste en Asie en le catégorisant et en le rapprochant des systèmes de compréhension du lecteur.

 Conclusion

Ainsi donc au travers de ces deux articles, nous avons évoqué deux constructions différentes d’un même événement. Si le premier oriente son discours autour des relations entre le Pouvoir politique et les Ouïghours, le second oriente le sien clairement vers le terrorisme islamiste. Il est finalement intéressant d’observer les commentaires des internautes allant dans le sens de notre analyse. Les réactions à l’article du Monde sont orientés autour des relations entre l’Islam, le terrorisme et la Chine tandis qu’une partie des commentaires du Figaro est dirigée à l’encontre du terrorisme islamiste. A la suite des attentats liés à Charlie Hebdo, il serait intéressant de dresser une comparaison des traitements médiatiques qui ont été faits entre ces derniers et celui de la gare de Kunming.

 


 

Sources

Le Monde

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/03/01/en-chine-des-hommes-armes-de-couteaux-tuent-27-personnes-dans-une-gare_4376156_3216.html

Le Figaro

http://www.lefigaro.fr/international/2014/03/01/01003-20140301ARTFIG00189-un-groupe-arme-tue-27-personnes-dans-une-gare-chinoise.php

Wikipédia, « Attentat de la Gare de Kunming »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_de_la_gare_de_Kunming