« Voilà le temps des programmes, des promesses, mais aussi celui de la réflexion. Alors, est-il encore admissible que nos candidats ne se soient pas rendu compte du basculement de civilisation en cours ? Aujourd’hui, sur le même écran, pour un enfant, un homme préhistorique est aussi actuel que Georges Bush. Jamais, depuis l’aube de l’humanité, nous n’avions subi un tel bombardement indifférencié d’images, un tel cumul, mêlant les époques, les civilisations, les supports. Cela pose évidemment des questions pour l’éducation des jeunes, pour le développement de la recherche et pour l’éclairage du citoyen » ( Laurent Gervereau).

La place de l’education aux médias

Ces vingt dernières années se sont vues développer les nouveaux médias, Ceux-ci ont radicalement modifié nos modes de consommation de l’information. La civilisation dans laquelle nous nous trouvons actuellement est entrée dans l’ère cyberiste qui « se fonde sur l’extraction et l’exploitation de l’information comme matière première » (Frau-Meigs, 2011).  Pour assoir cet argument, le Monde, en 2013 publiait que les foyers français disposaient d’en moyenne 6,3 écrans[1] « bombardant » des images, des artefacts culturels et autres. Dès lors, comme Gervereau le mentionne :  » cela pose évidemment des questions pour l’éducation des jeunes, pour le développement de la recherche et pour l’éclairage du citoyen ».  Si cela apporte en terme de connaissances et de savoirs, cela peut se révéler dangereux lorsqu’utilisé dans de mauvaises conditions. Nous pouvons donc nous demander en quoi cet accès illimité à l’information grâce aux nouveaux médias est un progrès pour l’être humain ?

 

Ainsi, cette présence quasiment constante des médias et des images qu’ils véhiculent apporte plusieurs aspects positifs dans l’ère cybériste.

Tout d’abord, il convient d’aborder la question des flux d’informations. Dans l’ère (post moderniste) précédant l’ère cybériste, les flux d’informations provenaient d’une seule source unique : les média traditionnels (télévision, radios et presse écrite). Avec l’arrivée d’Internet, les sources d’information se sont démultipliées. Dès lors, la capacité de produire de l’information s’est démocratisée de telle sorte qu’aujourd’hui, tout le monde peut devenir producteur d’information[2]. Ainsi donc, chacun peut publier du contenu et le partager. De même, les flux d’informations n’étant plus unidirectionnels, chacun peut choisir la source par laquelle il va consommer des produits culturels.

Puis, cette révolution de la distribution de l’information permise par Internet a aussi modifié de manière considérable la façon dont nous la produisons aujourd’hui. La production par les pairs est une méthode permettant de parvenir une certaine objectivité des propos tenus tout en produisant énormément. Tapscott (2007) estimait à 2000 nouveaux articles anglophones par jour en 2007 sur wikipédia. De même, Nature, dans une étude en 2005, n’avait recensé sur un échantillon de 42 articles que 4 erreurs, corrigées depuis par les pairs[3].

Donc nous venons de montrer par ces deux arguments que ce « bombardement médiatique », cette constante présence a des aspects positifs pour les consommateurs et producteurs d’information et de connaissances.

 

Cependant, cet accès illimité à l’information peut aussi créer des situations à risque qu’il convient d’aborder.

La consommation de ces médias peut aussi être risque si elle devient prépondérante dans la vie d’un individu. La panique médiatique qui a suivi le massacre d’Utøya en 2011 a mis en lumière la personne d’Anders Breivik qui déclara pendant son procès s’être entrainé sur le jeu vidéo Call Of Duty. Si nous pouvons douter de la thèse énonçant que les jeux vidéo rendent violents, nous pouvons tout de même supposer qu’ils impactent négativement les individus présentant des comportements à risque. Tout comme l’accès illimité aux informations peut avoir un impact négatif sur le développement cognitif de l’enfant. Par exemple, l’accès à des films pornographiques gratuitement peut impacter les représentations que se fait l’enfant des rapports hommes-femmes et ainsi impacter ses mécanismes de socialisation et ses rapports futurs.

Par ailleurs, les individus utilisant ces médias (internet principalement) n’ont pas forcément conscience des conséquences de leurs actes. Nous sommes aujourd’hui dans un changement de paradigme où le consommateur de médias est aussi producteurs de ces médias. Les réseaux sociaux de type facebook et twitter encouragent les internautes à fournir de plus en plus d’informations personnelles. Hors, ces informations sont un outils d’analyse pour les entreprises comme pour les gouvernements. L’affaire Snowden nous pousse à réfléchir sur l’évolution du concept de « vie privée » et aujourd’hui, il convient d’éduquer les nouvelles générations sur les outils qu’elles emploient afin de comprendre l’ensemble des enjeux liés à leur utilisation, production et consommation.

 

Ainsi donc, nous avons vu dans cette dissertation que l’accès illimité au média de l’ère cybériste améliore la consommation et la production de connaissances. La première est devenue multidirectionnelle est la seconde plus efficiente. Cependant, cet accès présente des risques pour les personnes consommant ces médias et ayant des comportements à risque. De même, nous pouvons supposer que peu d’individus comprennent l’ensemble des conséquences qu’ont leurs actes dans l’utilisation des nouveaux médias.

C’est pourquoi l’éducation aux médias devient primordiale aujourd’hui et il convient de s’interroger sur les mesures à développer afin de limiter les comportements à risque et d’éviter une utilisation des nouveaux médias sans conscience.

 

Bibliographie

  • Frau-Meigs, (2011), Socialisation des jeunes et éducation aux médias, édition érès, version e-Book pour Kindle, Toulouse.
  • Giles, (2005), « Internet encyclopedias go head to head », Nature, vol.438, n°531, 15 décembre 2005.
  • Tapscott, (2007), Wikinomics, édition Pearson, collection Village Mondial, 2007.

 

[1] http://www.lemonde.fr/technologies/article/2014/02/20/6-5-ecrans-en-moyenne-par-foyer-en-2013_4370567_651865.html

[2] en prenant compte que les technologies deviennent de plus en plus accessible : publier sur internet est devenu bien plus facile avec l’arrivée de CMS de type wysiwyg.

[3] Il se pose tout de même la question de la fiabilité de la source. Ce problème n’est pas que présent chez wikipédia mais aussi chez  tout individu prétendant diffuser des connaissances sans pour autant pouvoir justifier sa compétence à diffuser un savoir.