Bonjour Internet,

Si l’évolution du marché du jeu vidéo n’a jamais été autant digitale (dématérialisation, stream, cloud et j’en passe), de nouvelles enclosures ont suivis ces évolutions et ces dernières ont de quoi faire grincer des dents. Dans ce petit billet d’opinion, je m’interroge sur l’évolution du patch day one et des DLC : celui-ci est-il la consécration d’un modèle digital ou une aberration congénitale, d’un habile mélange entre DRM et DLC ?

Une (brève) histoire des enclosures informatiques.

Disclaimer : Alors je ne vais pas m’amuser ici à énumérer le nombre de jeux ayant eu un patch day one dans l’histoire du jeux vidéo car je n’ai ni l’envie ni le temps de m’y consacrer. Il s’agit donc plus d’une démarche de réflexion épistémologique dans ce billet qu’une démarche véritablement scientifique. 

J’ai toujours été pécéiste, enfin, je m’y suis vraiment mis que sur le tard mais je me souviens du premier jeu auquel j’ai joué sur pc vers mes 10 ans : Populous. Il ne m’appartenait pas, ce sont mes amis qui me l’avaient prété. Sauf que Day One, j’avais été embêté : ils ne m’avaient pas filé la clef CD du jeu les sal**ds. Bref, je n’avais pas pu jouer à ce jeu à cause de ce que l’on appelle dans la théorie des communs : une enclosure. C’est-à-dire tout simplement un moyen d’encadrer la propriété d’un bien.

Aujourd’hui, on a bien compris que globalement, protéger une application avec seulement une clef CD, cela ne fonctionne pas très bien. Les cracks qui se sont diffusés massivement avec les clients P2P n’ont pas aidé à mieux protéger les logiciels et autres apps. En même temps l’informatique et internet se sont démocratisés et les individus sont devenus de plus en plus compétents dans l’utilisation des technologies de l’information et des communications. Nous ne sommes plus obligés de passer par du code pour obtenir quelque chose d’un ordinateur, pour devenir un Anonymous, il suffit de faire des attaques Ddos… on n’est même plus obligés de passer par du code pour coder… 

Bref, l’informatique démocratisée, c’est la voie royale pour s’améliorer, apprendre et partager. Cependant, les petits Ayants-Droits, et bien faut les protéger… Puisqu’on ne veut pas rediscuter du fondement du problème : le droit d’auteur, et bien on tente de faire plier un système et des comportements. Et Boum : Le DRM est né !

Enfin, avant sa naissance, il a fallu se rendre compte que la dématérialisation des biens culturels était un vrai modèle économique viable (obligatoire ?) et que la clef CD ne fonctionnait pas. Pour cette dernière, un autre problème fit son apparition : comment vérifier, sans internet, le nombre de fois qu’un logiciel a été installé ? Impossible me direz-vous. La nécessité d’une connexion internet lors de la première utilisation fit alors son apparition. Notamment par exemple en incluant une dernière étape lors de l’installation genre la validation de la clef CD par les serveurs de l’entreprise ou l’obligation de créer un compte client, bref une nouvelle enclosure pour lutter contre les méchants pirates.

Cependant, ça aussi, cela n’a pas fonctionné. On bloque les demandes de connexions du logiciel vers le site web du producteur, on change le ficher .exe, bref on trouve un truc sur lequel je ne suis pas assez compétent… Mais pas de problème, « nous allons installer une nouvelle enclosure afin de protéger les Ayants-Droits » ont dit les entreprises : les DRM. Sauf que voilà, ces DRM, qui sont des petits bouts de code pour limiter par exemple la diffusion d’un bien culturel, font grincer des dents les consommateurs. Et oui, parce que les DRM nous ont permis de nous poser la question suivante : à qui appartient quelque chose d’immatériel ? Aujourd’hui, la réponse est simple mais difficile à conceptualiser dans les esprits. Par exemple, vous êtes sur Steam ou sur l’Appstore, vous ne devenez propriétaire que d’un droit d’utilisation/d’accès et non propriétaire du bien (ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose attention. Le mieux, si cela vous intéresse est de foncer sur l’article wikipédia de l’économie de la fonctionnalité). Cette question de la propriété d’un bien immat’ fait vraiment grincer des dents car elle rediscute un fondement philosophique acquis depuis des lustres : la propriété par le travail de John Locke : on travaille pour avoir des sous et on devient propriétaires en achetant quelque chose avec les sous issus de notre travail. Sauf que là, on achète quelque chose sans en être propriétaire… Incongru n’est-ce pas ?

« Pas de problème », ont dit les entreprises, « vous n’aimez pas les DRM même quand ils correspondent aux à vos usages (genre vous avez déjà prêté un jeu vidéo à plus de 10 personnes…) ? On l’a bien vu avec la XBONE, alors on va trouver un autre truc pour vous forcer à respecter les droits d’auteurs et à affiler les billets un avantage pour que tout le monde soit gagnant : on va vous vendre des jeux qui ne sont pas finis, mais pas comme les DLC, non, on vous vend un jeu pas fini DAY ONE. A noter, que si vous ne faite pas la màj, cela nuira à votre expérience de jeu (que vous avez déjà achetée) ». Et pouf, les patchs day one qui vous demandent une connexion internet au premier lancement du jeu sont apparus. Les DLC, qui peuvent être pertinents lorsqu’il s’agit d’une vraie démarche artistique voire citoyenne (par exemple le DLC de This War Of Mine dont les fonds sont reversés à une association), vont aussi être un argument de poids puisque si vous ne les achetez pas, vous n’aurez pas le jeu complet (oui je te regarde en ce moment Mortal Kombat X).

Alors, DRM ou pas ?

Bref, voilà où je veux en venir. L’idée des DLC n’est pas une mauvaise chose en soit, ce sont les descendants directs des « add-ons » de l’époque mais voilà, à mon sens, ils ne font que rattraper majoritairement la qualité qui était censée accompagner le produit de base. de plus, les prix de marché sont complètement aberrants. Pour info, à l’heure où j’écris cet article, Batman Arkham Knights + season pass (premium edition) est à 90€ sur steam… alors qu’elle est aux alentours de 30€ sur kinguin… O_O

Bon à la limite, des DLCs pourquoi pas… mais cela ne justifie pas les patchs day one non ? Et non, rien ne justifie en effet les patch day one sauf que cela oblige l’utilisateur à se connecter sur les serveurs du développeur ou de l’éditeur pour télécharger les fichiers manquants mais déjà payés restants car sinon le jeu reste injouable.

Quoi ?? On me fait signe que Batman Arkham Knight a foiré son lancement et qu’il va avoir besoin d’un patch ? C’est étrange, cela m’étonne bien !

Donc, Oui a mon sens, les Patch Day One et les DLCs sont les nouveaux DRM. On peut les appeler et les définir différemment mais par leur essence et la tournure des événements, je n’ai pas l’impression que cela soit autre chose.

Internet, merci de m’avoir lu ;)