L’empire des sens est un film que j’ai vu il y a maintenant quelques années lors d’une diffusion proposée par Arte. Connaissant de loin l’œuvre, je me suis dit qu’il était temps de voir ce film conspué par les uns, mis sur un piédestal par les autres. Quelle surprise de se rendre compte que 3 ans plus tard, je continue de fournir des éloges sur ce film qui pourtant n’est pas spécialement l’un des premiers sujets que l’on aborde avec des inconnus. Autant dire que j’en ai beaucoup discuté avec mes amis et c’est finalement l’envie de résumer ma penser sur le film qui me pousse à écrire maintenant. Pour cela, j’aborderai premièrement le film par son caractère pornographique puis secondement, j’expliquerai pourquoi je trouve que le film transcende les codes de la pornographie pour proposer, grâce à sa réalisation, quelque chose qui donne matière à réfléchir.

L’empire des sens, film pornographique…

Alors que l’on s’entende bien sur le sujet, je n’ai pas spécialement apprécié le film, en réalité je me suis même plutôt ennuyé. L’histoire ne brille pas par son originalité. Sada est une prostitué reconvertie en femme de maison et Kichi, le maitre de maison s’éprend d’une passion certaine pour la nouvelle venue, au grand dam de son épouse. Voila basiquement l’histoire du film. Bon c’est un film porno, il ne fallait pas non plus s’attendre à autre chose. Bref, tout va bien entre Sada et Kichi qui après une phase de cache cache avec l’épouse de Kichi, finissent par totalement assumer leur relation. Au fil des séquences filmant les actes sexuels, le plaisir des deux personnages augmentent en fonction de leurs jeux et scénarios allant toujours plus à l’extrême.

Le film se conclut justement lorsque les personnages principaux atteignent le paroxysme du plaisir avec aussi la connaissance qu’ils ne pourront jamais atteindre un plus haut niveau de plaisir. Ainsi donc, Kichi finit étranglé pendant l’acte sexuel (avec son consentement) et Sada émascule ce dernier pour pouvoir le garder auprès d’elle. (Apparement, c’est quand même tiré d’une histoire vraie).

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Mais non dénué d’une histoire et d’une réal’ intéressante !

Alors oui, raconté comme cela, on peut douter de la valeur du film. Et puis que l’on se le dise franchement, cela reste un film à caractère pornographique. Enfin, encore une fois, je ne propose qu’une lecture très personnelle de ce média mais il convient tout de même d’aborder sa réalisation. En faite, on sent que le réalisateur a été inspiré pour créer les cadres, les plans. Ainsi, l’aspect technique a aussi quelque chose à dire. En effet, pour rappel, le film s’intéresse à deux personnages qui au fil de leurs aventures vont progressivement s’abandonner à leur sens et ne vont se concentrer que sur l’assouvissement de leur désir. D’où le fait d’avoir nommer en français le film « l’Empire des Sens » : les sens, la sexualité dominent et conditionnent entièrement la vie des protagonistes. En soit, cela peut s’interpréter comme une critique d’une certaine population similaire à Sada & Kichi (si elle existe !).

Par ailleurs, ce processus d’abandon de soi et l’assouvissement de ses sens se perçoivent dans la réalisation : si au début du film, les protagonistes principaux ont des interactions avec d’autres personnages (servantes, commerçant), le cadre, progressivement, abandonne les personnages secondaires et se resserre sur le couple. Cette petite technique de réalisation créer un sentiment d’aliénation. Sada et Kichi abandonnent le monde pour se concentrer uniquement sur eux-mêmes, tout comme le monde extérieur qui les oublie tout autant (mais où est la femme de Kichi sérieusement ?).

Je n’ai pas assez de connaissances techniques pour aller plus loin dans ma démarche et je n’ai gardé que peu de souvenirs de film mais ce dont je suis convaincu, c’est que « L’empire des sens » a des choses à raconter. Si son caractère pornographique est un peu ragoutant, le message qu’il véhicule est particulièrement intéressant. Par la sexualité, l’auteur Nagisa Oshima montre deux personnes incapable de dominer leurs sens. On peut supposer qu’ils perdent leur humanité en perdant ce contrôle. Un lien intéressant à faire dans cette histoire est que René Descartes parle de cela dans ses « Méditations Métaphysiques ». Il énonçait que nos sens, en plus d’être trompeurs, ne nous permettent pas de réfléchir correctement et qu’il était important de s’émanciper de « L’empire des Sens ». Cette émancipation, Sada et Kichi n’y parvinrent pas, ce qui les amena à commettre des comportements extrêmes, aliénants et finalement dangereux pour eux-mêmes.

Ainsi donc, à mon sens, « L’empire des sens » n’est pas un film pornographique décérébré comme les productions plus que douteuses d’aujourd’hui faites pour de la consommation rapide. Rétrospectivement, ce film a des choses à raconter. Cependant, je n’irai pas le mettre sur un piédestal en criant au génie. Le film a quand même pris un sacré coup de vieux : décors, personnages, manière de filmer… en 2012, je m’étais ennuyé.Il y avait de l’idée, travailler l’aliénation des individus sous le prisme de la sexualité, ça c’est génial. Je ne suis pas non plus historien du cinéma mais j’ai l’impression que ce film fait figure de précurseur (il a quand même été réalisé en 1976) pour certains cinéastes comme Aronofsky voire Lars Von Trier. Darren Aronofsky a d’ailleurs fait de l’aliénation le coeur de son cinéma : la drogue (Requiem For A Dream, l’amour (The Fountain), le travail (Black Swan).

Ainsi, après avoir parlé de tout cela (en oubliant surement quelques arguments, par exemple, je ne traite pas ici la représentation de la sexualité dans le film), je me pose la question suivante : Lars, est-ce que tu apportes vraiment quelque chose avec ton « Nymphomaniac » ?

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