L’actualité hongroise est particulièrement dense mais un événement a retenu notre attention ces derniers jours. Le 24 novembre 2014 est sortie en Hongrie une vidéo émise par la police hongroise dans le but de sensibiliser les femmes aux risques de viols. Outre l’objet de la vidéo qui peut se justifier, la vidéo se conclut sur ces propos : « You are responsible, you can do something about it ». Vous êtes responsables, vous pouvez faire quelque chose[1]. il sera donc question ici d’un ensemble de stéréotypes liés à la « culture du viol » que nous pouvons définir comme un concept supposant l’existence d’attitudes et de comportements justifiant le viol[2].

Suite à la publication de cette vidéo, de nombreux journaux internationaux ont réagi de manière critique à cela. Nous allons donc aborder dans ce travail principalement deux articles liés à cet événement. L’un est un compte-rendu, « Hungarian police accused of victim-blaming in safety video » écrit par Daniel Nolan et publié par TheGuardian tandis que l’autre est un billet d’opinion, « Dispatches: Hungarian Police Blame Victims in Anti-Rape Campaign » écrit par Lydia Gall et publié sur le site Human Right Watch. Nous allons donc dans ce texte présenter les stéréotypes feminins et masculins liés à la conception du viol selon la « culture du viol ».

La Rape Culture

Avant de proprement parler des stéréotypes présents dans ces articles, il convient d’aborder ce qu’est « la culture du viol ». Celle-ci repose principalement sur la réhabilitation de l’agresseur et la mise en cause de la victime. Autrement dit, l’acte est minimisé et le blâme est reporté sur la victime. Par ailleurs, ce concept théorique repose sur trois piliers. Premièrement, il s’agit de minimiser le viol voir de nier son existence. Deuxièmement, il s’agit de remettre en question le non-consentement de la victime. Autrement dit, la victime était implicitement consentante. Enfin, il s’agit de porter le blâme sur la victime : c’est-à-dire que c’est de la responsabilité première de la victime si le viol s’est produit, par exemple parce qu’elle portait des vêtements jugés « provoquant ». Le blâme est peut-être le pilier le plus important de la culture du viol puisqu’il peut renforcer le doute du non-consentement et minimise d’autant plus l’acte. Dès lors, l’ensemble des stéréotypes que nous allons aborder sont liés à la conception du viol selon la « Rape Culture »[3]

Les stéréotypes de la Rape Culture

Ainsi donc, Les articles mettent en exergue un ensemble de stéréotypes sur les femmes et les hommes qu’il convient d’aborder maintenant.

Le premier stéréotype qui est abordé par l’ensemble des articles énonce que les jeunes femmes sont déraisonnables voire inconscientes de leurs actes lors de soirée :  » young women are shown drinking, wearing revealing clothing and making out with young men » (Gall, 2014). Ce qui repose sur une conception négative de la jeune femme. Mais ce n’est pas tout, le film diffusé par la police hongroise reprend les codes du genre pornographique selon les propos de Éva Cserháti dans l’article de Nolan pour TheGuardian. Il est intéressant de noter, bien que cela ne soit pas abordé dans les articles, qu’il y a une objectification certaine de la femme : celle-ci a un rôle dans la société dont elle ne peut s’émanciper, chose horrible à écrire. Le second stéréotype que nous abordons à l’égard des femmes est lié à la notion de « Slut-shaming ». Cette notion se définit comme le fait de considérer négativement les femmes ayant un comportement et un style vestimentaire en désaccord avec sa communauté d’interprétation. Ainsi donc, il s’agit d’énoncer que les femmes victimes de viol sont elles-mêmes la cause : leur comportement et le style de vie sont causes de viols. Ce stéréotype est d’autant plus conséquent qu’il suppose l’existence d’un « bon » comportement qui permet d’éviter le risque de viol (d’où le slut-shaming). De même, un troisième stéréotype entre en jeu : celui de penser qu’uniquement certaines femmes respectant un certain canon de beauté et vestimentaire peuvent être victimes de viol. Or ce stéréotype ne prend ni en compte l’existence de viols dans certaines cultures ou religion imposant un certain style vestimentaire ni le fait que le viol peut se produire dans un cercle restreint de connaissances ne prenant alors pas en compte le physique ou le style vestimentaire.

Ainsi, nous venons d’aborder les principaux stéréotypes présents dans ces deux articles et la culture du viol. Cependant, les articles sont aussi pertinents pour la mise en avant de certains stéréotypes masculins dans la conception du phénomène de viol. C’est notamment les propos rapportés à cet égard par Nolan qui sont pertinents. Ceux-ci interrogent notre conception du violeur. Le stéréotype décrit alors la véritable cause de viol comme un étranger attendant sa victime dans une allée sombre. Or bon nombre d’exemples constatent que la majorité des viols se produisent au sien d’un cercle restreint de connaissances (famille et amis de la victime). De même, chose qui n’est pas signalée par les articles, il convient d’aborder la représentation de l’homme comme étant un créature ne pouvant contrôler ses pulsions. Cette vision dégradante de l’homme entretient l’image de la femme « tentatrice », ce qui nous fait revenir à la notion de « blâme » dans la culture du viol. Enfin, les articles, malgré eux, diffusent un stéréotype concernant une police hongroise misogyne. L’article de Gall énonce notamment : « police would blame the women for the abuse they were subjected to by their partners »(Gall, 2014).

Conclusion

Revue des stéréotypes abordés dans les articles liés à la conception du viol selon la « Culture du viol ».
L’hypothèse que la femme est la cause première du viol
les jeunes femmes sont déraisonnables voire inconscientes de leurs actes lors de soirée
L’existence d’un « bon » comportement pour éviter le risque de viol
Le viol ne concerne qu’une certaine partie de la population féminine
Stéréotype du violeur inconnu dans une allée suspicieuse
Stéréotype de l’homme ne contrôlant pas ses pulsions
Stéréotype d’une police hongroise misogyne

 

Ainsi donc, suite à la publication d’une vidéo de sensibilisation contre le viol par la police et dont le fondement théorique est le concept de « Rape Culture », de nombreuses revues ont réagi à cela. Au travers de deux articles réunissant des critiques et commentaires suite au visionnage de cette vidéo, nous avons pu exposer les stéréotypes féminins et masculins régissant la « Rape Culture ». Afin de poursuivre la discussion autour de cette vidéo, il conviendrait d’analyser plus en détail les décisions politiques hongroises sur la législation des situations de viols en Hongrie.

 Edit du 5 janvier 2015 :

Selon le HATC du 5 janvier 2015, hungary around the clock (source d’information de l’ambassade de France en Hongrie), la police va retravailler un ensemble de vidéos prenant compte des remarques qui lui ont été adressées afin de retirer tout ce qui a pu correspondre á une idéologie du type rape culture :

« Baranya county police promise to rework the videos that caused national outrage by ap-pearing to blame the victims are to blame for rape. They promised to involve in the work those who “formulated substantive remarks in connection with the films ».

 

Lien vers les articles

  • Nolan, 2014, « Hungary police ‘blaming victims’ of sexual assault »
    • http://www.theguardian.com/world/2014/nov/24/hungary-police-victim-blaming-safety-video
  • Gall, 2014, « Dispatches: Hungarian Police Blame Victims in Anti-Rape Campaign »
    • http://www.hrw.org/news/2014/11/27/dispatches-hungarian-police-blame-victims-anti-rape-campaign
  • La vidéo en question
    • http://www.theguardian.com/world/2014/nov/24/hungary-police-victim-blaming-safety-video

[1] Traduction proposée

[2] Nous essayerons de rester objectifs dans ce travail bien que nous ne cautionnons en aucun cas cet ensemble théorique ni toute autre idée mettant en cause la victime.

[3] « Culture du viol » en français