Si les personnages de jeux vidéo sont des icônes pour la culture pop, digitale et jeune, ce n’est pas pour autant qu’il y a de nombreuses études sur le sujet. Cependant cela n’empêche pas internet et les internautes de tout bord de s’enflammer à chaque fois que le sujet du sexisme ou du féminisme dans le jeu vidéo remonte. Le dernier exemple en date était bien sûr le GamerGate en 2014. Et tout cela pose finalement la question de la représentation des personnages masculins et féminins dans le jeu vidéo.

L’hypersexualisation dans les jeux vidéo…

Ainsi, Internet, dans cette vidéo, j’aimerai tout d’abord te parler d’un phénomène que l’on observe dans le jeu vidéo depuis le début des années 2000, à savoir : l’hypersexualité. Et cela touche les hommes et les femmes. Chacun a son lot de stéréotypes. Par exemple, une étude de 2007 a montré 83% des hommes étaient représentés de manière agressive contre 62% pour les femmes. Et pire encore, 60% des femmes seraient objectifiées sexuellement, contre préparez-vous, seulement 1% des personnages masculins.

Pourtant, même si le premier argument en tant qu’homme concernant l’objectification de la femme et de l’homme est de toujours dire : (hey pff, je sais la différence, c’est qu’un jeu, je suis plus intelligent), la recherche a montré que l’hypersexualisation dans les médias avait un effet négatif sur le public peu importe son genre.

Définition de l’hypersexualisation

Pour rappel, l’hypermasculinité, selon Scharrer, c’est l’éxagération des caractéristiques « machos » comme le désir pour le danger, l’usage de la violence physique et une pensée tournée vers le sexe. Ce qui est négatif pour les représentations de l’homme.

C’est pareil pour l’hyperféminité qui est elle aussi hyper négative pour les images de la femmes selon Scharrer. Et cela va même plus loin car cette hyperféminité se caractérise par la soumission, la dépendance et la sensualité comme « valeur marchande ».

Si ces cas d’hypersexualité sont dégradants, ils sont pourtant différents. L’hypersexualisation masculine tend à montrer une espèce « d’idéal masculin », une espèce de fantasme d’un homme sur sa vision de l’idéal masculin (#nohomo mais #bicurious), tandis que l’hypersexualisation de la femme lui retire son libre-arbitre, sa condition humaine en l’objectifiant.

Et dans les usages des études montrent une corrélation entre l’hypersexualisation dans les médias, la dégradation de l’image de soi et des comportements auto-destructeurs comme l’usage chez les hommes de compléments alimentaires pour développer sa masse musculaire.

Pour les femmes, c’est pareil. Le chercheur Harrison a développé en 2003 le concept de « curvaceously thin » qui est évidemment une représentation déformée de la femme. Un standard impossible. Ce qui pose problème aussi pour les hommes. Déjà en 1980, la recherche avait montré que les représentations des femmes dans les médias rendaient les femmes « réelles » moins attractives. De là à faire un lien avec les petites amies 2D Japonaise, il n’y a qu’un pas.

Et pour le lol, selon une étude de 2009 portant sur 368 personnages féminins et humains a établie que les corps féminins dans les jeux vidéos était significativement différent des femmes moyennes… toute le monde est d’accord avec ça. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, les seins sont plus petits que dans la réalité mais la tête est plus grosse… (Martin, William, Harrison, Ratan).

Et en plus, une autre étude de 2009 énonce qu’une héroïne sexualisée diminue la qualité de gameplay des joueuses (Behm-Morawitz).

(Et honnêtement, rien n’est plus facile que d’ajouter un trait de beauté devant être un standard. En 2013 et 2014 le délire était autour du Thigh Gap. En 2015, on parle de dadbod…).

De même, la recherche sur les médias en général a montré que tous les effets négatifs précédemment cité entrainaient une plus grande tolérance au harcélement sexuel mais aussi des relations sexuelles plus jeunes et sans méthode contraceptive. Concernant les garçons, un test a été fait en 1995, des mâles exposés à de la publicité exposant des femmes objectifiées justifieraient plus facilement le viol. Il y aurait aussi une corrélation positive entre la violence dans les jeux vidéo et le mythe du viol, c’est-à-dire que la femme souhaiterait être violée.

L’une des récentes évolutions de la représentation du personnage féminin dans les jeux vidéo est que de plus en plus, celle-ci devient agressive dans son comportement. Ce qui en soit nous laisserait penser un rapprochement avec la représentation des personnages masculins mais cependant, à l’instar de Bayonetta, nous nous retrouvons en face de personnage fort, indépendant, Badass, mais en même temps objectifié.

Conclusion sur l’hypersexualisation dans les jeux vidéo.

Ainsi Internet, tu vois, j’ai réussi à faire une première vidéo sur le sexisme dans le jeu vidéo sans parler une seule fois du trope de la Demoiselle en Détresse qui cristallise le débat. Et mieux, je n’ai fait que parler de la représentation hypersexualisée des femmes et des hommes.

Cette représentation pose problème car elle n’est pas assez discutée. Globalement, selon les études qui m’ont permis de faire cette vidéo, ces représentations ont un impact négatif sur notre image de soi, à l’instar des autres médias que sont le cinéma et la télévision. Sans aller questionner si cela modifie notre comportement, il faut peut-être néanmoins mettre en place des outils d’éducation aux médias pour discuter de cela, à l’instar de la mention « image retouchée » sur les publicités de cosmétiques.

Dès lors, je n’ai pas de réponse pour dire si cela nous rend plus violent et transforme nos relations sociales mais ce qui est sur, c’est que l’hypersexualisation dans les jeux vidéo est une question qui n’est pas assez discutée au sein de la communauté, puisque c’est un sujet qui est généralement balayé d’un revers de la main.

Je pense la communauté des gamers comme étant capable de se rendre compte de cela et de lutter contre, mais la première question qui me vient, c’est voulons-nous rester passifs par rapport à cela sous le couvert que nous sommes déjà au courant ? Aussi, nous pouvons nous demander dans une prochaine vidéo si la question des représentations hypersexualisées intéresse vraiment les joueurs et joueuses de jeu vidéo…

Internet, merci de m’avoir lu !

 


 

 Sources de l’article :

 Sources scientifiques

« The online disinhibition effect », Suler

Video game characters and the socialization of gender roles: Young people’s perceptions mirror sexist media depictions KE Dill, KP Thill – Sex roles, 2007.

A Content Analysis of Female Body Imagery in Video Games Nicole Martins & Dmitri C. Williams & Kristen Harrison & Rabindra A. Ratan

Keeping Abreast of Hypersexuality: A Video Game Character Content Analysis, Downs, Edward. and Smith, Stacy.

Sex, lies, and video games: The portrayal of male and female characters on video game covers, MCR Burgess, SP Stermer, SR Burgess – Sex Roles, 2007

The effects of the sexualization of female video game characters on gender stereotyping and female self-concept E Behm-Morawitz, D Mastro – Sex roles, 2009

Breuer Johannes, Kowert Rachel, Festl Ruth, and Quandt Thorsten. Cyberpsychology, Behavior, and Social Networking. April 2015, 18(4): 197-202. doi:10.1089/cyber.2014.0492.

Autres sources

Les 2D Girlfriends in Japan : http://www.crunchyroll.com/anime-news/2013/01/24/research-23-of-japanese-male-otaku-choose-2d-girlfriends

fat ugly or slutty : http://fatuglyorslutty.com/

3615 – L’érotisme https://www.youtube.com/watch?v=9DYIQQsn0oQ

Eroge http://en.wikipedia.org/wiki/Eroge

Damsel in Distress: Part 1 – Tropes vs Women in Video Games https://www.youtube.com/watch?v=X6p5AZp7r_Q

The Legend of the Last Princess – Hypothetical game concept https://www.youtube.com/watch?v=UZKtFfHIGrA

Re: MrRepzion Damsels Part II https://www.youtube.com/watch?v=w7zZ6pA-emA

Re: Damsels Part II: The Sarkeesian Method https://www.youtube.com/watch?v=yCsfXkbzRI4

Le sexisme sur les jeux-vidéos I147-9 BO 2I https://www.youtube.com/watch?v=Mmm55g6HYYg

Le genre et le sexisme – 12 – Doxa https://www.youtube.com/watch?v=kGx8m7gZZrc

Manu Militari – Sexisme et jeux vidéo – S2-Ep#39 [jvn.com] https://www.youtube.com/watch?v=7aelCKDspaQ

La victoire n’est pas importante dans les AMHE http://www.ffamhe.fr/les-amhe/

Le Dadbod : pourquoi la bedaine à la papa revient à la mode http://www.lesinrocks.com/2015/05/23/actualite/le-dad-bod-pourquoi-la-bedaine-a-la-papa-revient-a-la-mode-11749550/

http://www.lesgameuses.eu/