La socialisation, le processus d’internalisation des normes, des valeurs et de la culture par un individu dans une groupe social donné est une suite d’événements dans lesquels les membres d’un groupe social vont apprendre à vivre ensemble suivant un ensemble de normes et de valeurs. Dès lors, Les événements socialisants se déroulant durant la période 0-25 ans sont fondateurs de l’individu que nous devenons en société puisque soumis au concept de l’empreinte : « l’acquisition brusque d’un comportement pendant une période biologiquement sensible » (Frau-Meigs,2011, emp-1113).

Dans son livre « Socialisation des jeunes et éducation aux médias » (2011), Divina Frau-Meigs postule que nous sommes dans l’ère cybériste qui « se fonde sur l’extraction et l’exploitation de l’information comme matière première » (Frau-Meigs, 2011, emp-787). Ainsi, les médias que nous pouvons définir comme tout moyen de diffusion sont une instance de socialisation. Il convient donc de reconsidérer le processus de socialisation en ajoutant l’institution que sont les médias, surtout chez les jeunes.

 

Le chapitre étudié développe les liens entre la réalité et la relation entre notre cerveau et la culture. Autrement dit, l’auteure s’interroge sur les liens entre les représentations sociales, médiatiques (concernant un groupe social précis) et les représentations mentales (concernant un individu membre d’un groupe social) de la réalité. La thèse soutenue est que chacune de ces représentations médiatiques et mentales influent sur l’autre. Dès lors, les produits culturels ne sont plus seulement des artefacts, des création mais aussi des sources d’influence sur nos schèmes cognitifs. Or, avant d’être représenté mentalement par un individu, un artefact culturel est d’abord représenté par les médias qui alors déforme pour offrir une nouvelle représentation dite médiatique (telle la réfraction de la lumière selon Descartes). De même, ce sont aussi des représentations mentales qui sont à l’origine des représentations médiatiques. Ainsi pour Frau-Meigs, il s’agit de mettre en avant « un processus de socialisation bidirectionnel » (Frau-Meigs,2011) : les représentations interagissent entre elles et s’autoalimentent. Un premier prolongement, sous-entendu dans le texte, peut être fait dans la distinction des sources médiatiques : un média mainstream tel lemonde.fr n’a pas le même impact sur un groupe ou sur un individu qu’un média hétérodoxe tel un leader d’opinion (Béji-Bécheur, 2007) qui blogue comme Korben.info par exemple.

Pour assimiler ces représentations médiatiques, le cerveau met en place un processus de transduction. Grace aux informations qu’il reçoit ainsi que ses matrices cognitives, son empathie, il lui devient possible d’analyser son environnement. Un prolongement possible de cela a été fait par Hawking avec le « réalisme modèle-dépendant » (Hawking, 2011). Ainsi un fonction de l’environnement socialisant et de ses référentiels, un individu va se socialiser différemment d’un autre. Cependant, la quantité d’heures passées devant les écrans fait que nous voyons un ensemble d’actes-en-société (des récits engageants l’individu) principalement diffusés par des médias. un jeune français soumis à des régressions cognitives à chaque changement d’âge « passe environs 1450 heures par an devant ses écrans » (Frau-Meigs, 2011, emp-730). Les médias sont alors vus comme des prothèses cognitives procédant à des cadrages cognitifs socialisés. L’enjeu du dispositif média est alors de diffuser certaines normes et valeurs dans leur programmation. Tant que les représentations médiatiques correspondent aux représentations des différentes communautés d’interprétation, cela ne crée pas de trouble. Par contre, si les actes-en-société diffusés rentrent en conflit avec une certaine communauté (des parents s’ils activent un stimuli ingérable par l’enfant par exemple des scènes de violence), il peut se produire une panique médiatique qui est une façon de supprimer la diffusion d’un acte-en-société considéré comme déviant par une certaine communauté d’interprétation. Un prolongement pourrait être d’observer les relations de pouvoir entre médias et communauté. Nous pourrions notamment adapter et observer si la théorie du commandement politique selon Schumpeter (LL, Longuet, 2004), énonçant que les communautés sont passives et sont manipulées par des dispositifs orientant leur opinion, peut trouver une place dans la sociologie des médias.

 

Durant ce court commentaire critique, nous avons montré premièrement que les représentations mentales sont conditionnées par les représentations médiatiques, ce qui nous a poussé à développer secondement le processus de socialisation par les médias qui, lorsqu’en désaccord avec les autres instances de socialisation, peut générer des conflits entre les instances et les individus se socialisant. Nous pouvons alors nous interroger sur les relations de pouvoir entre les différentes instances de socialisation et l’impact de leurs désaccord sur les individus encrées dans des communauté de représentation.

 


Bibliographie constitutive du commentaire critique:

  • Béji-Bécheur, Gollety, (2007), « lead user et leader d’opinion : deux cibles majeures au service de l’innovation », Décisions Marketing No 48 Octobre-Décembre 2007.
  • Frau-Meigs, (2011), Socialisation des jeunes et éducation aux médias, édition érès, version e-Book pour Kindle, Toulouse.
  • Hawking, (2011), y-a-t-il un grand architecte dans l’univers ?, Odile Jacob, Paris.
  • Lakomski-Laguerre, Longuet, (2004), « Une approche subjectiviste de la démocratie : l’analyse de J.A. Schumpeter », Cahiers d’économie Politique / Papers in Political Economy 2/ 2004 (n° 47), p. 29-52

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